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À la défense des sciences

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Les campagnes ciblées et récurrentes des médias proches de l’UDC et de l'NZZ et l'NZZ am Sonntag contre les scientifiques critiques qui les dérangent montrent qu’en Suisse, les institutions démocratiques indépendantes telles que les universités subissent une pression financière et idéologique de plus en plus forte. Ces campagnes visent à gagner de l’influence dans les universités, tant sur le fond que sur les personnes, et, ainsi, d’y restreindre la liberté de la recherche.

Nous appelons donc dès à présent les universités et les politiques à défendre non seulement la liberté de la recherche, mais aussi la liberté d’expression des chercheurs et chercheuses, car ces libertés sont des piliers de la démocratie.

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Les campagnes ciblées et récurrentes des médias proches de l’UDC contre les scientifiques critiques qui les dérangent montrent qu’en Suisse, les institutions démocratiques indépendantes telles que les universités subissent une pression financière et idéologique de plus en plus forte. Ces campagnes visent à gagner de l’influence dans les universités, tant sur le fond que sur les personnes, et, ainsi, d’y restreindre la liberté de la recherche. Nous appelons donc dès à présent les universités et les politiques à défendre non seulement la liberté de la recherche, mais aussi la liberté d’expression des chercheurs et chercheuses, car ces libertés sont des piliers de la démocratie.

Ces dernières semaines, la Weltwoche et la Basler Zeitung ont mené une campagne diffamatoire contre Franziska Schutzbach, sociologue et chercheuses en études de genre à l’université de Bâle. En se basant sur un article de blog privé, les deux journaux proches de l’UDC ont prétendu que la doctorante et chargée de cours était une ennemie de la démocratie opposée à la liberté d’expression.

Sur son blog, Franziska Schutzbach s’était demandé il y a plus d’une année comment le populisme de droite grandissant pouvait être freiné. Dans une réflexion intellectuelle, sans prétention d’avoir tout juste, elle a pensé à la possibilité de la désobéissance civile, qui représenterait peut-être un moyen de détourner l’attention portée aux forces de la droite. A grands coups d’indignation, la Weltwoche et la Baz ont transformé ce texte (plus précisément trois paragraphes) en prétendu programme antidémocratique et ont prêté à l’auteure des convictions totalitaires. Il n’a pas été mentionné que la chercheuse rédige depuis dix ans des articles et entrées de blog, dans lesquels elle fait part d’opinions bien définies et certainement contestables, sans pour autant y laisser apparaître de « convictions antidémocratiques ».

De nombreux autres articles diffamatoires d’autres médias ont partiellement repris ceci. Et l’UDC Bâle a exigé de l’université de Bâle des mesures personnelles contre Schutzbach et du département de la présidence de Bâle-Ville qu’elle soit exclue de la Commission de l’égalité.

Alors que le département de la présidence de Bâle-Ville s’est rangé derrière Franziska Schutzbach, dans la Weltwoche, la rectrice de l’université de Bâle s’est distancée de sa chercheuse. Plus tard, la Faculté a fait part du fait que la doctorante n’aurait pas de mandat d’enseignement au semestre de printemps 2018. Puis, l’université a démenti un quelconque lien entre la campagne haineuse menée contre Franziska Schutzbach et le fait qu’elle n’enseignerait pas le semestre prochain et a insisté que personne n’aurait jamais dit que Franziska Schutzbach n’allait plus enseigner.

L’avenir de Franziska Schutzbach dans le milieu académique sera déterminé plus tard. De nombreux articles sur internet affirment qu’elle a été virée par l’Univesité, ce qui n’est pas bon pour sa réputation. .

Attaques contre Svenja Goltermann, Philipp Sarasin d’autres


Le cas Schutzbach fait partie d’une suite d’offensives dirigées en Suisse contre des universitaires et intelectuel-le-s critiques. En 2013 déjà, dans son numéro intitulé « Propaganda academica », la Weltwoche clouait au pilori plusieurs chercheurs et chercheuses qui, soit disant, faisaient de la propagande politique au lieu de mener des recherches neutres. Parmi les universitaires listé-e-s, à côté des chercheurs et chercheuses en études de genre ou en environnement, des spécialistes de la migration, des philosophes ou encore des économistes, se trouvait l’actuelle rectrice de l’université de Bâle, Andrea Schenker-Wicki. L’article portait pour l’engagment de ces universitaires dans le développement durable à l’université de Zurich.

En 2014, la Weltwoche avait pris pour cibles Svenja Goltermann, professeure d’histoire à l’université de Zurich et Philipp Sarasin, professeur d’histoire également, en prétendant que, durant un processus de nomination, Philipp Sarasin avait stratégiquement caché une supposée liaison et aidé Svenja Goltermann à accéder à la chaire . Le professeur et la professeure ont déposé plainte contre les journalistes et la Weltwoche, puis ont obtenu gain de cause en 2017.

Peu de temps après, la Weltwoche a attaqué à nouveau les deux scientifiques, cette fois-ci à propos de la plateforme «Geschichte der Gegenwart » que Svenja Goltermann, Philipp Sarasin, Franziska Schutzbach et six autres scientifiques de Bâle et Zurich avaient mise sur pieds. Sur cette plateforme, les universitaires écrivaient publiaient hebdomadairement des articles critiques contribuant au débat public. Apparemment, de telles déclarations publiques de la part de scientifiques gênent beaucoup de monde : la NZZ et la Sonntags Zeitung ont également dénigré le blog universitaire en le qualifiant de « kolkhoze d’opinions de gauche ». Avec un titre extrêmement suggestif, la Sonntags Zeitung insinuait que les universités elles-mêmes faisaient de la politique. Il n’a pas été rapporté qu’il s’agissait d’un projet privé. Avec le linchage de cette plateforme, Franziska Schutzbarch a été pour la première fois sous le feu des critques. A l’aide de méthodes journalistiques douteuses, la chercheuse a été déclarée comme une sorte « d’ennemie d’Etat ».

Les institutions démocratiques sous pression

Les attaques se dirigent d’une part contre la liberté d’expression des scientifiques et ont un grand effet intimidant : chaque personne qui s’exprime sur un sujet politique encours le danger de se retrouver sous les feux de la critique. D’autre part, ces attaques remettent en question la liberté académique et la liberté de la recherche, qui impliquent que le bailleurs de fonds ne peux pas décider du contenu scientifiques publié ou des personnes engagées dans une université, mais que la recherche, indépendemment de l’Etat, des partis politiques ou des acteurs de l’économie notamment, doit établir des constatations. Et ceci même si ces constatations et les propositions d’interprétation ne plaisent pas toujours à tout le monde.


Ces attaques montrent qu’en Suisse les institutions démocratiques telles que les universités mais aussi les institutions d’égalité sont mises sous pression. En effet, il ne s’agit pas seulement du fait que les voix critiques et dérangeantes devraient être évincées, mais aussi que les coupes budgétaires qui touchent actuellement les Universités suisses, particulièrement les sciences sociales et les lettres, sont ainsi soutenues et légitimées. Le communiqué de presse de l’UDC Bâle-Ville contre Franziska Schutzbach, mettait en question le financement de la recherche en disant que l’Université, qui se trouve actuellement dans une discussion clé quant au financement futur, ne devrait pas laisser passer ces « déclarations non qualifiées » de Franziska Schutzbach. En fait, leur message est le suivant : si quelqu’un qui mène des recherches ou enseigne n’est pas apprécié par l’UDC, cela pourrait avoir des conséquences sur le financement de ses recherches.

Cela fait longtemps que ce n’est plus un secret que plusieurs acteurs politiques essayent non seulement de monétiser la science mais aussi d’intervenir sur le fonds et de contrôler ce qui est publié ou enseigné. De telles campagnes contre des universitaires individuels sont des tentatives d’intimidation mais surtout des démonstrations de pouvoir contre les universités avec le signal suivant : celles qui emploient des personnes non conformes à l’UDC doivent compter avec de nombreuses plaintes et des révoltes « populaires » attisées par les médias, voire avec des coupes de financement.

Il est grand temps d’arrêter cette dérive. Nous appelons à la défense de la liberté d’expression des chercheurs et chercheuses et à la défense de la liberté de la recherche telle qu’elle est écrite dans la Constitution fédérale. Car ces libertés sont des piliers de notre démocratie. Nous appelons les universités suisses et leurs directions à protéger cette liberté et à ne pas céder à cette pression manipulatrice. Nous appelons également les politiques et la société à s’opposer aux mesures d’économies et au démantèlement de l’éducation.